À l'approche des prochaines élections européennes et présidentielles en France, le concept de « remigration » s'impose comme un thème central dans les discours des partis d'extrême droite du continent. Selon Franceinfo – Politique, cette notion, qui désigne le retour forcé ou incité de populations étrangères dans leur pays d'origine, gagne en visibilité dans plusieurs capitales européennes. Si le terme n'apparaît pas officiellement dans le programme du Rassemblement national (RN), plusieurs de ses alliés politiques en Europe l'ont déjà adopté, voire en font une priorité.
Ce qu'il faut retenir
- Le concept de « remigration » désigne un retour forcé ou incité des étrangers en situation irrégulière, des délinquants, ou des bénéficiaires d'aides sociales jugées trop importantes
- Plusieurs partis européens, comme le FPÖ autrichien, Vox en Espagne ou l'AfD en Allemagne, en font un axe central de leur programme
- En France, Jordan Bardella (RN) et Éric Zemmour (Reconquête) rejettent le terme, tout en défendant des mesures similaires sous d'autres formulations
- Des rassemblements transnationaux sont organisés pour coordonner cette stratégie, avec un sommet prévu en région parisienne à l'automne 2026
- La Pologne sert de référence à certains dirigeants européens, comme Jordan Bardella, qui s'inspirent de son mur frontalier avec la Biélorussie
Une doctrine qui progresse dans les discours politiques
La « remigration » n'est pas un phénomène nouveau, mais elle connaît un regain d'intérêt dans les milieux identitaires et nationalistes européens. Comme le rapporte Franceinfo – Politique, cette idée émerge dès les années 2010 dans les cercles radicaux avant de s'étendre aux partis institutionnels. Elle s'articule autour de plusieurs étapes : d'abord l'expulsion des clandestins, puis celle des étrangers condamnés pour des infractions, et enfin celle des bénéficiaires d'aides sociales jugées disproportionnées.
En Italie, où le thème est particulièrement porté par des groupes comme les Patriotes pour l'Europe – liés à Jordan Bardella –, les militants défendent une approche radicale. « Ce qu'on veut, c'est que les étrangers acceptent nos règles, sinon, ils partent », déclare Gabriella, une militante venue de Vérone. « Pas de charia, pas de mariage avec des mineures, pas de polygamie. Qu'ils le fassent chez eux, mais pas chez nous. » Ces positions, bien que minoritaires dans la société, trouvent un écho dans certains milieux politiques.
Des mesures concrètes portées par des partis influents
Plusieurs formations politiques européennes intègrent désormais la « remigration » dans leurs propositions. En Autriche, le FPÖ, dirigé par Herbert Kickl, prône une politique de « tolérance zéro » envers les criminels étrangers. Udo Landbauer, représentant du parti, a ainsi déclaré lors d'un rassemblement à Milan : « Tous ensemble ici, je sais que nous nous battons pour une Europe qui protège ses citoyens et qui expulse systématiquement ses criminels. Car pour nous, la sécurité de nos femmes et de nos enfants est plus importante que les droits des criminels. »
En Espagne, le parti Vox propose d'aller plus loin en incluant un critère d'« assimilation ». Les étrangers qui ne respecteraient pas les coutumes locales pourraient ainsi être concernés par des mesures d'éloignement. En Allemagne, l'AfD (Alternative für Deutschland) milite pour le renvoi des migrants en situation irrégulière, tandis qu'en Belgique, le Vlaams Belang défend une approche similaire. Aux États-Unis, l'administration Trump a également repris cette idée à son compte, marquant une convergence des discours entre extrême droite européenne et américaine.
La France face à la polémique
En France, le Rassemblement national évite soigneusement le terme « remigration », jugé trop controversé. Pourtant, le parti défend des mesures qui s'en approchent. Jordan Bardella a ainsi évoqué, lors d'un déplacement en Pologne début juin 2026, l'intérêt des murs frontaliers comme celui érigé à la frontière biélorusse – 180 km de long et 5 mètres de haut – pour endiguer les flux migratoires. « Je pense qu'aux portes de l'Europe, il faut qu'il y ait des murs », a-t-il affirmé. Le RN propose par ailleurs la suppression du droit du sol, la priorité nationale pour les aides sociales, et l'expulsion systématique des « délinquants et criminels étrangers ».
Éric Zemmour, figure de Reconquête, va encore plus loin. Dès la campagne présidentielle de 2022, il avait proposé la création d'un ministère dédié à la remigration. Aujourd'hui, il parle d'« immigration négative » pour décrire une politique visant à inverser le solde migratoire. Sarah Knafo, députée européenne du parti, explique que « compte tenu du nombre d'étrangers trafiquants, délinquants, criminels, du nombre de clandestins, le fait de mettre en œuvre cette politique d'expulsion engendrera un flux négatif parce qu'il y aura plus de sorties du territoire, du fait des expulsions, que d'entrées ».
Une stratégie coordonnée à l'échelle européenne
Pour donner une légitimité à ce projet, les défenseurs de la remigration tentent de s'unir au-delà des frontières. Martin Sellner, militant identitaire autrichien issu de la mouvance néonazie, a organisé fin mai 2026 un sommet consacré à cette question au Portugal. L'objectif ? Coordonner les actions et partager les stratégies entre partis européens. Un autre rendez-vous est prévu en région parisienne à l'automne, soit quelques mois avant la présidentielle française de 2027. Ces rencontres visent à structurer un réseau capable de peser dans le débat public.
Jean-Yves Le Gallou, ancien député européen du Front national puis de Reconquête, a contribué à relancer le débat en France avec un livre publié en avril 2026. Il y défend une « démarche de souveraineté nationale » selon laquelle « sur le territoire d'un pays ne peuvent séjourner que les étrangers qui sont considérés comme souhaitables ». Il rejette cependant toute comparaison avec un « nettoyage ethnique », insistant sur le caractère « légal et progressif » de sa proposition.
En attendant, les associations de défense des droits humains et une partie de la classe politique alertent sur les risques de dérives que représenterait une telle politique. Elles rappellent que les expulsions massives ont souvent été critiquées pour leur manque d'efficacité et leurs conséquences humanitaires. Le débat, lui, est loin d'être clos.
La remigration désigne un projet plus large que les expulsions classiques, car elle vise non seulement les clandestins et les délinquants, mais aussi les étrangers en situation régulière qui ne respecteraient pas certains critères (assimilation, durée des aides sociales, etc.). Elle s'inscrit dans une logique de réduction durable de la présence étrangère sur le territoire, là où les expulsions ciblent des individus précis en situation irrégulière ou condamnés.
Au regard du droit européen et des conventions internationales, la remigration dans sa forme la plus radicale – c'est-à-dire un retour forcé de populations entières – serait considérée comme une violation des droits humains. Cependant, les partisans de cette idée défendent des mesures progressives, comme l'expulsion des clandestins ou des criminels, qui s'appuient sur des cadres juridiques existants. La question de leur légalité dépendra donc de la manière dont ces politiques seront mises en œuvre.