Alors que les dirigeants des 32 pays membres de l'OTAN sont réunis à Ankara pour leur sommet annuel, les débats portent autant sur les investissements financiers que sur la disponibilité des effectifs militaires. Selon BFM Business, le ministre finlandais de la Défense, Antti Häkkänen, a mis en lumière un enjeu souvent éclipsé par les discussions budgétaires : la nécessité absolue de disposer d'hommes et de femmes formés pour garantir la sécurité du continent. Ce cri d'alarme survient dans un contexte où les dépenses militaires européennes et canadiennes devraient atteindre 634 milliards de dollars en 2026, contre 571 milliards en 2025, selon les estimations de l'Alliance.
Ce qu'il faut retenir
- L'OTAN estime que l'Europe et le Canada vont dépenser 634 milliards de dollars en 2026 pour leur défense, un chiffre en hausse par rapport aux 571 milliards de 2025.
- Les 32 pays de l'Alliance se sont engagés à consacrer au moins 5 % de leur PIB à la sécurité d'ici 2035, dont 3,5 % pour les dépenses militaires strictes.
- La Finlande, avec une population de 5,6 millions d'habitants, dispose d'une réserve de 900 000 citoyens formés, grâce à son service militaire obligatoire pour les hommes et volontaire pour les femmes.
- Helsinki a relevé l'âge limite des réservistes de 60 à 65 ans en 2025 pour renforcer sa préparation face à la menace russe.
- La Finlande a quitté la convention d'Ottawa interdisant les mines antipersonnel et prépare des mesures pour miner sa frontière avec la Russie en cas de crise.
Antti Häkkänen a rappelé que la défense ne peut se construire uniquement sur des équipements et de l'argent. « Les pays européens de l'OTAN doivent investir massivement dans les effectifs », a-t-il souligné lors du Forum de l'industrie de la défense (NSDIF26), organisé en marge du sommet de l'OTAN à Ankara. La Finlande, qui a rejoint l'Alliance en avril 2023 après des décennies de non-alignement militaire, mise sur une approche hybride pour renforcer sa capacité opérationnelle. Dans ce pays nordique, le service militaire est obligatoire pour les hommes à 18 ans, tandis que les femmes peuvent s'engager sur une base volontaire. Les conscrits effectuent une formation de six, neuf ou douze mois, selon leur spécialisation, tandis que l'âge limite des réservistes a été porté à 65 ans l'an dernier pour faire face à la menace russe.
Cette stratégie a permis à la Finlande de constituer une réserve mobilisable de 900 000 citoyens pour une population totale de 5,6 millions d'habitants. Une prouesse logistique qui contraste avec les difficultés rencontrées par d'autres pays européens pour recruter et former des soldats. « Nous avons des pères et des mères ordinaires formés pour servir dans l'armée et défendre leur pays en cas de besoin », a expliqué Häkkänen. « Mais à travers l'Europe, trouver ces effectifs constitue un défi majeur. » Une affirmation qui résonne particulièrement alors que les tensions avec Moscou s'intensifient, notamment depuis l'invasion de l'Ukraine en 2022 et les récentes provocations russes près des frontières finlandaises.
La Finlande, qui partage une frontière de 1 340 kilomètres avec la Russie, a déjà pris des mesures concrètes pour se prémunir contre d'éventuelles agressions. En décembre 2023, Helsinki a fermé sa frontière orientale, accusant Moscou d'orchestrer l'arrivée de migrants pour déstabiliser le pays. Ce geste s'inscrit dans une politique de fermeté adoptée après l'annexion de parties de son territoire par l'URSS en 1940. En 2025, le pays a consacré 6,5 milliards d'euros à sa défense, soit 2,5 % de son PIB, contre 1,9 % en 2022. Une augmentation significative qui s'accompagne d'investissements lourds, comme l'acquisition de 64 avions de combat furtifs F-35 américains, dont les premiers exemplaires doivent être livrés cette année.
Par ailleurs, la Finlande a fait le choix de quitter la convention d'Ottawa interdisant les mines antipersonnel, une décision qui reflète sa volonté de se doter de moyens de dissuasion robustes. « Nous nous préparons à pouvoir miner notre frontière avec la Russie en cas de crise », a confirmé le ministre finlandais, sans préciser les modalités exactes de cette stratégie. Cette approche s'ajoute à une série de mesures prises pour renforcer la sécurité du pays, notamment après son adhésion à l'OTAN, qui a provoqué la colère du Kremlin.
Les choix opérés par la Finlande, entre service militaire obligatoire, extension de la réserve et abandon de traités internationaux, pourraient inspirer d'autres pays européens. Toutefois, la mise en œuvre de telles mesures dépendra largement des capacités budgétaires et industrielles de chaque État membre. Une chose est sûre : sans effectifs suffisants, même les budgets les plus ambitieux risquent de rester inopérants.
En Finlande, le service militaire est obligatoire pour tous les hommes à partir de 18 ans, tandis que les femmes peuvent s'engager sur une base volontaire. Les conscrits effectuent une formation de six, neuf ou douze mois, selon leur spécialisation. L'engagement volontaire des femmes repose sur les mêmes critères de durée et de formation que pour les hommes.