Le gouvernement néerlandais a présenté le 30 août 2026 des excuses officielles aux enfants et adolescents placés sans motif valable dans des unités psychiatriques fermées, souvent assimilables à des anciens centres de détention pour mineurs. Cette annonce fait suite à une série de révélations médiatisées ces derniers mois, mettant en lumière des pratiques contestées au sein du système de protection de l’enfance aux Pays-Bas.
Selon Courrier International, ces excuses s’inscrivent dans un contexte de prise de conscience progressive des dysfonctionnements structurels ayant conduit à l’enfermement d’enfants présentant des troubles psychiatriques, mais aussi de jeunes sans diagnostic grave. Les révélations récentes, portées par des témoignages poignants, ont précipité l’action des autorités, alors que le pays s’interroge sur l’efficacité et l’éthique de ses dispositifs de prise en charge.
Ce qu'il faut retenir
- Trois centres spécialisés existaient aux Pays-Bas à l’époque des faits, destinés aux jeunes avec des troubles psychiatriques sévères, mais certains ont servi à enfermer des adolescents sans motif médical justifié.
- Parmi les victimes, Gunou Mahmoud, arrivée aux Pays-Bas à 13 ans après avoir fui l’Irak, a subi un enfermement de trois mois dans une ancienne prison pour mineurs, transformée en unité psychiatrique.
- Le centre de Harreveld, dans l’est du pays, où Gunou a été placée, disposait de barbelés et de barreaux aux fenêtres, rappelant son passé de centre de détention pour jeunes délinquants.
- Gunou Mahmoud a passé 22 heures par jour enfermée dans une chambre réduite à un matelas au sol pendant près de trois mois, selon les témoignages recueillis par le quotidien néerlandais De Telegraaf.
- Les autorités néerlandaises reconnaissent désormais que ces placements, parfois effectués en urgence par la protection de l’enfance, n’étaient pas toujours justifiés médicalement ou légalement.
Un parcours marqué par la violence et l’exil
L’histoire de Gunou Mahmoud illustre les failles du système de prise en charge des mineurs vulnérables aux Pays-Bas. Originaire d’Irak, elle arrive dans le pays à 13 ans, fuyant un contexte de guerre et de violences. « Lorsqu’elle gagne les Pays-Bas, elle ne s’y sent pas vraiment mieux », relate De Telegraaf. Son parcours bascule rapidement dans la détresse : « À un moment donné, cela va si mal qu’elle tente de mettre fin à ses jours », précise le quotidien. Les professionnels de santé diagnostiquent alors un stress post-traumatique sévère, conséquence directe des violences subies dans son pays d’origine.
Malgré des prises en charge successives en institution psychiatrique, son état ne s’améliore pas. La situation atteint un point critique lorsque, un matin, huit agents de la protection de l’enfance se présentent à son domicile sans avertissement. Son placement au centre de Harreveld, à l’est des Pays-Bas, est décidé dans l’urgence. « Il s’agit d’un département de soins destiné aux jeunes présentant de très graves troubles psychiatriques », souligne le journal, avant de rappeler que ces unités, au nombre de trois dans le pays, étaient initialement conçues pour des cas extrêmes.
Un établissement aux allures de prison, un enfermement sans justification
Dès son arrivée au centre de Harreveld, Gunou Mahmoud réalise l’ampleur de la confusion entre lieu de soins et lieu de détention. « Le domaine est entouré de barbelés et les fenêtres sont pourvues de barreaux », décrit-elle. Bref, ce qui devait être un centre médical ressemble étrangement à une ancienne prison pour jeunes délinquants. Une fois fouillée, elle est conduite à une chambre spartiate : « un matelas au sol », sans autre équipement. La porte se referme derrière elle. Pendant près de cent jours, elle vivra enfermée dans cette pièce, ne sortant que pour des activités extrêmement limitées.
Le témoignage de Gunou Mahmoud n’est pas isolé. Selon les enquêteurs et les associations de défense des droits de l’enfant, plusieurs cas similaires ont été documentés ces dernières années. Des jeunes, souvent issus de l’immigration ou en situation de vulnérabilité psychologique, ont été placés dans ces unités sans évaluation médicale approfondie ou sans preuve d’un danger imminent pour eux-mêmes ou autrui. « Les critères de placement étaient parfois flous, voire absents », explique une source proche du dossier, citée par Courrier International.
Une reconnaissance tardive, mais une réflexion en marche
Les excuses présentées par le gouvernement néerlandais le 30 août 2026 marquent une étape symbolique, mais tardive, dans la reconnaissance des erreurs commises. « Nous reconnaissons que certains placements dans ces unités n’étaient pas justifiés », a déclaré la ministre néerlandaise de la Santé, de la Protection sociale et des Sports, dans un communiqué officiel. Elle a ajouté que des « mesures immédiates » seraient prises pour réviser les protocoles de placement et éviter de telles situations à l’avenir.
Cette annonce intervient après la publication de plusieurs rapports critiques, notamment celui de l’Inspection des soins de santé néerlandaise, qui avait pointé du doigt les lacunes des procédures d’évaluation. Les experts recommandent désormais la création d’un mécanisme indépendant de contrôle, ainsi qu’un renforcement des critères médicaux avant tout placement en unité fermée. « Il est crucial de distinguer clairement les besoins thérapeutiques des impératifs sécuritaires », a souligné un pédopsychiatre interrogé par nos confrères.
Pour Gunou Mahmoud, aujourd’hui âgée de 25 ans, ces excuses ne suffisent pas à effacer trois mois de détention arbitraire. Pourtant, son témoignage a contribué à faire bouger les lignes. « Je ne veux plus que d’autres vivent ce que j’ai vécu », a-t-elle confié à la presse locale. Son histoire, comme celle d’autres jeunes placés dans les mêmes conditions, rappelle que les systèmes de protection, aussi bien intentionnés soient-ils, peuvent déraper lorsque les garde-fous manquent.
En attendant les réformes promises, la question reste entière : comment éviter que l’histoire ne se répète ?
Selon les données disponibles, plusieurs dizaines de cas ont été identifiés ces dernières années, mais les chiffres précis restent difficiles à établir en raison du manque de transparence historique. Les associations estiment que le nombre réel pourrait être bien plus élevé.
Les trois centres spécialisés dans la prise en charge des jeunes avec des troubles psychiatriques sévères sont principalement visés : le centre de Harreveld (dans l’est du pays), ainsi que deux autres établissements dont les noms n’ont pas été divulgués pour des raisons de confidentialité.