Le projet hydroélectrique de Singrobo-Ahouaty, en Côte d’Ivoire, devait marquer un tournant dans le paysage énergétique du pays. Lancé en 2019 et mené par le groupe français Eiffage, ce barrage devait non seulement renforcer la production d’électricité, mais aussi apporter un développement économique aux populations locales. Pourtant, selon Libération, le chantier est aujourd’hui à l’arrêt depuis plus d’un an, miné par des surcharges financières et des blocages administratifs. Résultat : les riverains, qui attendaient des retombées concrètes, dénoncent une opération décevante, voire un échec.
Ce qu'il faut retenir
- Le barrage de Singrobo-Ahouaty, en construction depuis 2019, est à l’arrêt depuis plus d’un an en raison de surcoûts et de blocages administratifs.
- Le chantier, auquel participe le groupe français Eiffage, devait transformer le paysage énergétique ivoirien mais reste inachevé.
- Les communautés locales, promises à un développement économique, dénoncent l’absence de retombées et un appauvrissement accru.
Un projet ambitieux freiné par des difficultés financières
Dès son lancement, le barrage de Singrobo-Ahouaty était présenté comme un projet stratégique pour la Côte d’Ivoire. Avec une capacité de production estimée à 44 mégawatts, il devait contribuer à répondre à la demande croissante en électricité du pays, tout en dynamisant la région environnante. Pourtant, comme le rapporte Libération, les travaux ont rapidement été confrontés à des dépassements budgétaires importants, sans que les causes exactes n’aient été officiellement détaillées. Ces surcoûts ont ralenti la progression du chantier, au point de le paralyser depuis juin 2025.
Côté français, le groupe Eiffage, partenaire du projet, n’a pas communiqué publiquement sur l’ampleur des retards ou des surcoûts. Interrogé par Libération, un porte-parole de l’entreprise s’est contenté d’indiquer que « les discussions avec les autorités ivoiriennes se poursuivent pour trouver une issue ». Autant dire que, pour les riverains, le temps semble s’être arrêté.
Des populations locales en colère face à des promesses non tenues
Pour les habitants des villages situés en aval du barrage, comme Singrobo ou Ahouaty, les attentes étaient claires : un accès facilité à l’électricité, des emplois locaux, et une amélioration de leurs conditions de vie. Or, selon les témoignages recueillis par Libération, rien de tout cela ne s’est concrétisé. « Le barrage n’a rien fait pour ce village ! », s’exclame un habitant de Singrobo, cité par le quotidien. « On nous avait promis des routes, des écoles, de l’eau potable… Aujourd’hui, on n’a même pas de quoi se soigner correctement. »
Les promesses de compensation n’ont pas non plus été tenues. Plusieurs familles, dont les terres ont été partiellement inondées lors du début des travaux, attendent toujours les indemnisations promises. « On nous a parlé de dédommagements, mais l’argent n’est jamais arrivé », explique un cultivateur, contacté par Libération. Ces retards ont exacerbé un sentiment de méfiance envers les autorités et les investisseurs étrangers.
Un contexte énergétique ivoirien sous tension
La Côte d’Ivoire, qui mise sur l’hydroélectricité pour diversifier son mix énergétique, fait face à une demande en électricité en forte hausse, tirée par la croissance démographique et l’industrialisation. Pourtant, malgré des projets comme celui de Singrobo-Ahouaty, le pays reste dépendant des énergies fossiles, notamment du gaz naturel. Selon la Banque mondiale, seulement 30 % de l’électricité ivoirienne provient de sources renouvelables, un chiffre que les autorités espéraient augmenter grâce à ce barrage.
Le blocage du projet interroge donc sur la capacité de la Côte d’Ivoire à atteindre ses objectifs en matière d’énergie propre. « Sans hydroélectricité, on risque de devoir importer encore plus de carburants, ce qui pèse sur les finances publiques », souligne un analyste énergétique basé à Abidjan. D’autant que les retards s’accumulent alors que d’autres pays de la sous-région, comme le Ghana ou le Nigeria, accélèrent leurs propres projets hydroélectriques.
Ce dossier illustre les défis auxquels font face les grands projets d’infrastructure en Afrique : entre promesses non tenues, retards financiers et attentes locales, la réussite dépend souvent d’un équilibre fragile entre rentabilité économique et développement social.
Les populations locales espéraient un accès à l’électricité, des emplois locaux, des infrastructures (routes, écoles, centres de santé) et des indemnisations pour les terres inondées. Aucune de ces promesses ne s’est concrétisée à ce jour, selon les témoignages recueillis par Libération.