Selon Ouest France, la médecine moderne, historiquement conçue par et pour les hommes, souffre d’un biais structurel dans la recherche clinique. Ce déséquilibre expliquerait en partie les erreurs de diagnostic observées chez les femmes, notamment en raison de l’absence de prise en compte de leurs spécificités biologiques dans les résultats des études.
Ce qu'il faut retenir
- La médecine est historiquement conçue par et pour les hommes, ce qui a conduit à une sous-représentation des femmes dans les essais cliniques.
- Les essais cliniques intègrent rarement les spécificités biologiques féminines, comme les variations hormonales ou métaboliques.
- Cette omission peut entraîner des erreurs de diagnostic chez les femmes, notamment pour certaines pathologies cardiovasculaires ou neurologiques.
- Les femmes représentent environ 50 % de la population mondiale, mais seulement 30 % des participants aux essais cliniques en moyenne.
Depuis des décennies, la recherche médicale s’est appuyée sur des données majoritairement issues d’hommes. Comme le rapporte Ouest France, cette tradition explique pourquoi certains symptômes féminins sont encore mal interprétés ou sous-estimés. Le cœur d’un homme et celui d’une femme ne réagissent pas de la même manière à un infarctus, par exemple. Pourtant, les protocoles de diagnostic restent souvent calqués sur des modèles masculins.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon une étude publiée par l’Institut national de la santé américain (NIH), les femmes sont 30 % moins susceptibles d’être incluses dans les essais cliniques que les hommes. Pour les pathologies cardiovasculaires, cette disparité atteint 50 %. Résultat, des maladies comme l’infarctus ou l’AVC sont diagnostiquées avec un retard chez les femmes, faute de critères adaptés. « Les symptômes sont souvent plus diffus chez les femmes, mais les outils de dépistage n’ont pas été conçus pour les détecter », a expliqué le Dr Sophie Dupont, cardiologue à l’hôpital européen Georges-Pompidou.
Ce biais n’affecte pas seulement les maladies cardiovasculaires. Les troubles neurologiques, comme la maladie d’Alzheimer, sont également concernés. Une étude de l’Inserm en 2024 révélait que les femmes développent des symptômes différents de ceux des hommes, mais que les tests diagnostiques actuels ne les prennent pas en compte. « On sait depuis longtemps que les femmes ont un risque accru de développer des effets indésirables médicamenteux, car les dosages sont basés sur des essais cliniques masculins », a précisé le Dr Dupont.
Les conséquences de ce déséquilibre sont multiples. Outre les erreurs de diagnostic, les femmes sont aussi plus exposées aux effets secondaires graves de certains médicaments, car les posologies n’ont pas été testées sur leur métabolisme. « Dans certains cas, une femme peut recevoir une dose trop élevée d’un traitement, simplement parce que les données pharmacocinétiques ne sont pas adaptées à son organisme », a rappelé le Dr Martine Bellanger, épidémiologiste à l’ANSM.
Reste à voir si ces efforts porteront leurs fruits. D’ici 2028, l’OMS prévoit de publier de nouvelles directives pour standardiser l’inclusion des femmes dans la recherche médicale. En attendant, les femmes continueront de subir les conséquences d’un système conçu sans elles.
Les pathologies cardiovasculaires (infarctus, AVC), les maladies neurologiques (Alzheimer, sclérose en plaques) et certains troubles auto-immuns sont particulièrement concernés. Les symptômes féminins, souvent moins typiques que ceux des hommes, sont mal pris en compte dans les outils de diagnostic actuels.