Le parquet de Paris a requis, ce mercredi 8 juillet 2026, l’ouverture d’un procès contre trois individus impliqués dans le scandale du Centre du don des corps de l’ex-université Paris-Descartes. En revanche, le ministère public a demandé un non-lieu pour l’établissement, désormais intégré à l’université Paris Cité, une décision qui suscite la colère des parties civiles.
Selon BFM - Faits Divers, le parquet demande le renvoi devant le tribunal correctionnel de deux préparateurs en anatomie du Centre et de l’ancien président de Paris-Descartes. Les trois hommes sont poursuivis pour « atteintes à l’intégrité de cadavres » de personnes ayant fait don de leur corps à la science. Un non-lieu a en revanche été requis pour l’ex-université, désormais absorbée par Paris Cité et donc dépourvue de personnalité morale.
Ce qu'il faut retenir
- Trois personnes mises en cause : deux préparateurs en anatomie et l’ancien président de Paris-Descartes.
- Les faits reprochés concernent la conservation indigne de corps et des soupçons de marchandisation.
- Un non-lieu est demandé pour l’ex-université Paris-Descartes, absorbée par Paris Cité.
- Les investigations ont débuté en juillet 2020, après des révélations de l’Express fin 2019.
- Les parties civiles dénoncent un manque de responsabilité de l’établissement.
Un procès pour trois individus, un non-lieu pour l’université
Le parquet a donc choisi de cibler trois personnes : deux préparateurs en anatomie, dont l’un retraité, ainsi que Frédéric Dardel, ancien président de Paris-Descartes. Les deux préparateurs sont accusés d’avoir commis des atteintes graves sur des corps donnés à la science. L’un d’eux, retraité depuis 2011 après 35 ans de carrière, est notamment suspecté d’avoir conservé des ossements dans des conditions indignes, à des fins personnelles.
Quant à Frédéric Dardel, il est reproché d’avoir tardé à agir face aux alertes répétées entre novembre 2016 et juillet 2018. Malgré des photographies et des rapports décrivant des corps en état de décomposition avancée, empilés dans des conditions indignes en présence de rongeurs, l’ancien président n’aurait pas pris les mesures nécessaires. Son avocate, Me Marie-Alix Canu-Bernard, n’a pas souhaité s’exprimer « à ce stade » auprès de BFM - Faits Divers.
Des manquements éthiques et des dysfonctionnements structurels
Une enquête administrative avait déjà conclu que Paris-Descartes était responsable de « graves manquements éthiques ». Les parties civiles, parmi lesquelles figurent des familles de donneurs, dénoncent une tentative de l’université de se soustraire à ses responsabilités en changeant de nom. Baudouin Auffret, président de l’association « Charnier Paris-Descartes : Justice et Dignité pour les Donneurs » (CDJD), a fustigé cette « stratégie » visant à « sortir de sa mise en examen suite à un changement de nom ».
Me Frédéric Douchez, avocat de plus de 100 parties civiles, relativise cependant la portée du non-lieu. Selon lui, l’université « est toujours mise en examen », et la décision finale reviendra au magistrat instructeur, qui devra trancher sur un éventuel renvoi en procès. L’association CDJD, comme d’autres familles, regrette en revanche l’absence de mises en examen pour d’autres responsables ayant occupé des postes à responsabilité.
Des atteintes graves aux dépouilles et des familles en quête de vérité
Les faits reprochés aux deux préparateurs en anatomie sont particulièrement graves. L’un d’eux, Maurice H., est accusé d’avoir récupéré des dents en or et des bijoux sur les corps entre novembre 2013 et janvier 2018, avant de les laisser « volontairement à la merci des rongeurs ». Son avocat, Me Saveriu Felli, a déclaré que son client, octogénaire, « demeure meurtri par les griefs émis à son encontre », soulignant que ce métier, « qu’une extrême majorité de la population ne pourrait exercer », est particulièrement difficile.
Muriel Suner, dont la mère a fait don de son corps en 2006, illustre l’ampleur de la souffrance des familles. Elle ignore toujours ce qu’il est advenu de la dépouille de sa mère, exprimant une colère persistante : « Je suis touchée dans mon humanité et je ne peux pas le crier. » Elle envisage même, le jour du procès, de se présenter devant le tribunal avec un morceau de scotch devant la bouche, symbolisant son impuissance. Les faits étant prescrits après six ans, sa plainte risque d’être irrecevable.
« La spécificité de Descartes, c’est que tous les corps étaient démembrés, découpés. Quand les personnes étaient connues, il n’y avait pas de démembrement. »
— David Artur, fils de l’animateur José Artur, vice-président de l’association CDJD
Un contexte marqué par des révélations et des enquêtes administratives
Le scandale a éclaté fin 2019, lorsque L’Express a révélé des conditions de conservation déplorables des dépouilles au sein du Centre du don des corps de Paris-Descartes. Ce centre, alors considéré comme le plus grand d’Europe, était au cœur de soupçons de marchandisation des corps. Les juges d’instruction ont lancé leurs investigations en juillet 2020, plongeant l’établissement dans une crise sans précédent.
Me Najwa El Haïté, avocate de Jean-Rémy H., 51 ans, évoque un « contexte de dysfonctionnements structurels de l’université ». Elle estime qu’aucune « intention de profaner les corps ou de porter atteinte à leur dignité » ne peut être imputée à son client, bien que les faits soient graves.
Quant à l’ex-université Paris-Descartes, absorbée par Paris Cité, elle n’est plus une entité juridique distincte. Cependant, les familles et les associations espèrent que cette affaire servira de leçon pour renforcer les contrôles éthiques dans les centres de don de corps à travers le pays.
Le magistrat instructeur doit désormais trancher sur le renvoi ou non des trois personnes mises en cause devant le tribunal correctionnel. Une décision est attendue dans les prochains mois, selon les informations communiquées par le parquet de Paris.