Alors que l’Europe centrale voit émerger des tendances similaires dans plusieurs pays, la Tchéquie s’apprête à engager une réforme majeure de son paysage médiatique public. D’après Ouest France, le gouvernement dirigé par Petr Fiala, issu de la coalition centre-droit, propose une modification de la redevance audiovisuelle qui pourrait affaiblir financièrement la radio-télévision publique, Česká televize (ČT) et Český rozhlas (ČRo). L’objectif affiché serait de « rééquilibrer » le financement des médias, mais les observateurs y voient surtout une manœuvre pour réduire l’autonomie éditoriale de ces institutions perçues comme trop critiques envers le pouvoir en place.
Ce qu'il faut retenir
- Le gouvernement tchèque de Petr Fiala souhaite réformer le financement de la radio-télévision publique Česká televize et Český rozhlas via une modification de la redevance audiovisuelle.
- Cette réforme vise à « mettre au pas » les médias publics, selon les opposants au projet, qui dénoncent une tentative de contrôle politique.
- La redevance actuelle, obligatoire pour tous les ménages, pourrait être transformée en contribution volontaire, risquant ainsi de réduire significativement les ressources des médias publics.
- Le montant de la redevance, fixé à 135 couronnes tchèques (environ 5,5 euros) par mois et par foyer, pourrait être révisé à la baisse.
- Les syndicats et associations de défense de la presse libre dénoncent une « attaque contre l’indépendance des médias » et appellent à la mobilisation.
Une réforme présentée comme technique, mais aux enjeux politiques évidents
Dans un communiqué officiel, le ministère tchèque des Finances a justifié cette réforme par la nécessité de « moderniser » le système de financement des médias publics, jugé « obsolète » et « injuste » envers les contribuables. Selon le gouvernement, la redevance actuelle, perçue sous forme de taxe obligatoire, pénalise les ménages les plus modestes. « Nous voulons remplacer cette obligation par une contribution volontaire, ce qui permettra à chacun de choisir s’il souhaite soutenir les médias publics », a déclaré Zbynek Stanjura, ministre des Finances, lors d’une conférence de presse le 3 juillet 2026. Pour autant, cette proposition s’inscrit dans une dynamique plus large : depuis son arrivée au pouvoir en 2021, la coalition de Petr Fiala a multiplié les tensions avec les médias indépendants, accusés de partialité.
Les détracteurs du projet pointent du doigt une manœuvre déguisée. « Sous couvert de modernisation, le gouvernement cherche surtout à affaiblir financièrement les médias publics pour mieux les contrôler », a réagi Jiri Hlavenka, porte-parole de l’association České médii, qui défend la liberté de la presse. Selon lui, cette réforme pourrait réduire de 30 à 40 % les recettes des deux principales chaînes publiques, déjà contraintes par des budgets serrés. — Autant dire que leur survie serait menacée à moyen terme.
Des médias publics déjà sous pression depuis plusieurs années
Depuis 2021, Česká televize et Český rozhlas font l’objet de critiques répétées de la part des responsables politiques, notamment de l’ex-Premier ministre Andrej Babiš, dont le parti, ANO, reste une force majeure au Parlement. Les médias publics sont régulièrement accusés de « propagande anti-gouvernementale » par ses partisans, une rhétorique reprise par certains membres de la coalition actuelle. En 2024, le gouvernement avait déjà tenté de nommer à leur tête des personnalités proches du pouvoir, avant que cette décision ne soit bloquée par la justice tchèque pour vice de procédure.
Face à cette offensive, les salariés des médias publics ont organisé plusieurs grèves et manifestations. « Nous refusons de devenir des instruments de la propagande d’État », a affirmé Markéta Fialková, journaliste à Česká televize et membre du comité de grève. Le 5 juillet 2026, plusieurs centaines de manifestants se sont rassemblés devant le siège du gouvernement à Prague pour protester contre la réforme, brandissant des pancartes avec des slogans comme « La liberté de la presse n’est pas une option ».
Cette affaire s’inscrit dans un contexte européen plus large, où plusieurs pays, comme la Hongrie ou la Pologne, ont déjà restreint l’autonomie des médias publics. En Tchéquie, l’enjeu dépasse désormais la simple question financière : il s’agit de savoir si le pays parviendra à préserver un espace médiatique pluraliste, pilier de sa jeune démocratie. — Une question qui dépasse largement les frontières nationales.
Le gouvernement justifie cette réforme par la volonté de « moderniser » le système de financement des médias publics, jugé « injuste » car obligatoire pour tous les ménages, y compris ceux qui ne consomment pas ces services. Il propose de remplacer cette taxe par une contribution volontaire, mais les critiques y voient une manœuvre pour affaiblir financièrement les médias publics et mieux les contrôler politiquement.
Selon les syndicats et associations de défense de la presse, la réforme pourrait réduire de 30 à 40 % les recettes des deux médias publics, mettant en péril leur indépendance éditoriale et leur capacité à produire des contenus de qualité. Leur survie même pourrait être menacée à moyen terme, faute de ressources suffisantes.