Une découverte archéologique réalisée dans une grotte de la forêt de Fontainebleau, au sud de Paris, pourrait bien redessiner l’histoire de la cartographie. Selon Futura Sciences, des chercheurs ont identifié une gravure vieille de 20 000 ans, interprétée comme une représentation topographique miniature des cours d’eau et du relief environnant. Cette découverte, publiée le 22 décembre 2025 dans l’Oxford Journal of Archaeology, fait de cette œuvre la plus ancienne carte connue à ce jour.

Ce qu'il faut retenir

  • Une gravure datant du Paléolithique supérieur, il y a 20 000 ans, a été découverte dans la grotte de Ségognole 3, en forêt de Fontainebleau.
  • Les sillons gravés dans le grès reproduiraient le tracé des cours d’eau de la vallée de l’École, située à 500 mètres du site.
  • Cette œuvre, interprétée comme une carte topographique, serait la plus ancienne connue à ce jour, devançant de plusieurs millénaires les représentations précédentes.
  • Les chercheurs, dont Médard Thiry (Mines-Paris) et Anthony Milnes (université d’Adelaïde), soulignent la complexité de cette gravure, qui mêle des éléments naturels et des modifications artificielles.
  • Le site, connu depuis les années 1980 pour ses gravures rupestres, révèle ainsi de nouvelles dimensions de la pensée préhistorique.

Une grotte aux multiples mystères

La grotte de Ségognole 3, située dans les rochers de la forêt de Fontainebleau, près de Noisy-sur-École, est depuis des décennies un terrain d’étude pour les préhistoriens. Comme le rapporte Futura Sciences, cette cavité abrite non seulement des traces d’occupation humaine datant du Paléolithique supérieur, mais aussi des gravures rupestres remarquables. Parmi elles, une représentation féminine encadrée par deux chevaux, dont le style avait déjà permis de rattacher ces œuvres à l’art de Lascaux. La reprise des fouilles en 2020 par une équipe dirigée par Médard Thiry et Anthony Milnes a révélé un élément inédit : un réseau de sillons gravés dans le sol rocheux, dont l’agencement évoque une carte miniature du paysage environnant.

Ces sillons, creusés dans le grès, ne sont pas le fruit du hasard. Ils contournent et traversent des bourrelets naturels, se rejoignent en un réseau complexe et aboutissent à une dépression dans la roche. « Quand de l’eau de pluie s’infiltre dans l’abri, elle s’écoule le long de ces sillons et remplit progressivement la dépression », explique Médard Thiry. Cette observation suggère que les auteurs de cette gravure avaient une connaissance fine des dynamiques hydrologiques locales, bien avant l’invention de l’écriture ou des techniques de cartographie avancées.

Une représentation fidèle du paysage environnant

L’analyse comparative menée par les chercheurs a permis d’établir un lien entre les sillons gravés et le réseau hydrographique réel de la vallée de l’École. Selon Futura Sciences, les courbes et les intersections des sillons correspondent aux cours d’eau et aux reliefs visibles à moins d’un kilomètre du site. « Le relevé de tous ces éléments, apposés sur un plan, a permis de les rapprocher de la carte de la vallée de l’École », précise Médard Thiry. Autant dire que cette œuvre n’est pas seulement un témoignage artistique, mais bien une représentation fonctionnelle et précise de l’environnement immédiat.

Cette gravure ne se limite pas à une simple esquisse. Elle intègre des éléments tridimensionnels, combinant le relief naturel des roches et les modifications artificielles. Les chercheurs y voient un « modèle 3D animé de l’hydrologie et des paysages environnants », une prouesse technique et conceptuelle pour une période aussi reculée. Cette découverte éclaire sous un jour nouveau les capacités cognitives des humains du Paléolithique, capables de conceptualiser et de représenter leur environnement avec une telle précision.

Un outil aux fonctions encore mystérieuses

Si l’interprétation de cette gravure comme une carte topographique fait consensus, ses usages restent en revanche sujets à débat. Comme le souligne Futura Sciences, les chercheurs excluent l’hypothèse d’un outil de navigation, puisque le paysage était directement visible depuis l’abri. « Il est sûr qu’elle n’a pas été tracée pour se repérer », indique Médard Thiry. Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer sa finalité : un plan de chasse, un support pédagogique pour expliquer les phénomènes hydrologiques, ou encore un objet à dimension symbolique ou mythique, lié à la présence de l’eau dans le secteur.

Les universitaires restent prudents face à ces interprétations. « La carte pourrait avoir servi à établir des plans de chasse, bien que cette thèse soit vue comme simpliste », relève Anthony Milnes. D’autres pistes, comme une fonction rituelle ou culturelle, ne sont pas à écarter. Le mystère persiste, mais cette découverte ouvre des perspectives inédites sur la manière dont les sociétés préhistoriques appréhendaient et représentaient leur monde. Elle rappelle que l’art rupestre ne se limite pas à des motifs décoratifs ou symboliques, mais peut aussi servir de support à des connaissances techniques et environnementales.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes consisteront à approfondir l’analyse de la grotte et de ses gravures, notamment grâce à des techniques d’imagerie 3D et de modélisation numérique. Les chercheurs prévoient également des fouilles complémentaires pour identifier d’éventuelles autres traces d’occupation ou d’activités humaines dans la région. La publication de leurs travaux dans l’Oxford Journal of Archaeology a déjà suscité l’intérêt de la communauté scientifique, et d’autres équipes pourraient s’emparer du sujet pour comparer cette découverte avec des sites similaires en Europe. Reste à voir si cette gravure de Ségognole 3 deviendra un jalon incontournable de l’histoire de la cartographie.

Cette découverte s’inscrit dans une dynamique plus large de réévaluation des capacités cognitives des humains du Paléolithique. Elle rejoint d’autres trouvailles récentes, comme les peintures rupestres de Sulawesi en Indonésie ou les structures mégalithiques d’Europe, qui remettent en cause l’idée d’une évolution linéaire des connaissances. En attestant que nos ancêtres maîtrisaient des concepts topographiques il y a 20 000 ans, elle invite à repenser notre compréhension des sociétés préhistoriques et de leur rapport à l’espace.

Les chercheurs fondent leur interprétation sur la correspondance entre les sillons gravés et les cours d’eau réels de la vallée de l’École, située à 500 mètres du site. La disposition des sillons reproduit fidèlement le tracé des rivières et des reliefs, ce qui suggère une volonté de représenter l’environnement de manière fonctionnelle. De plus, la complexité du réseau et son intégration à la morphologie naturelle du grès indiquent une démarche délibérée, bien au-delà d’une simple décoration.

La datation repose sur l’analyse stylistique des gravures, notamment celles des chevaux, dont le style est similaire à celui des œuvres de Lascaux, datant du Paléolithique supérieur (entre 18 000 et 17 000 ans avant notre ère). Par ailleurs, la stratigraphie du site et les techniques de datation par luminescence ont permis de confirmer l’ancienneté du sol sur lequel ces sillons ont été creusés.