C’est par une lettre diplomatique datée du 1er juillet 2026 que les États-Unis ont informé l’Union africaine (UA) de leur décision de mettre fin à leur soutien financier à la Mission de soutien et de stabilisation de l’Union africaine en Somalie (Aussom), comme le rapporte Courrier International. Dans ce courrier consulté par Somalia Today, Washington précise qu’il « ne soutiendra pas la poursuite » du Bureau d’appui des Nations unies en Somalie (Unsos) au-delà du mandat actuel de l’Aussom, dont l’échéance est fixée au 31 décembre 2026. Autant dire que cette suspension prendra effet dès janvier 2027.
Ce qu'il faut retenir
- 12 000 soldats déployés par l’UA en Somalie depuis 2007, principalement issus d’Ouganda, du Kenya et d’Éthiopie, pour lutter contre les miliciens d’Al-Chabab, affiliés à Al-Qaïda.
- Un budget de 190 millions de dollars (166 millions d’euros) en 2025 pour l’Aussom, dont les États-Unis étaient l’un des principaux bailleurs, contribuant à un budget total dépassant 500 millions de dollars (438 millions d’euros) pour l’Unsos.
- La fin du financement américain menace la pérennité de la mission, alors que les besoins en stabilisation restent élevés dans un pays en proie à l’insécurité chronique.
- Le retrait des Casques bleus de l’UA interviendrait dans un contexte de recrudescence des attaques d’Al-Chabab, malgré les efforts du gouvernement somalien soutenu par la communauté internationale.
Une mission cruciale pour la Somalie depuis près de deux décennies
Présente en Somalie depuis 2007, la Mission de l’Union africaine (Aussom) joue un rôle central dans la lutte contre les miliciens d’Al-Chabab, un groupe jihadiste lié à Al-Qaïda. Composée de troupes ougandaises, kényanes, éthiopiennes et d’autres contingents africains, cette force a pour mission d’appuyer le gouvernement fédéral somalien dans sa quête de stabilisation du pays. Selon Courrier International, l’Aussom compte près de 12 000 hommes engagés sur le terrain, un effectif qui a permis, malgré des moyens limités, de contenir partiellement l’influence des groupes armés dans certaines régions.
Cette mission, placée sous l’égide de l’ONU, bénéficie également du soutien du Bureau d’appui des Nations unies en Somalie (Unsos), dont le budget pour 2026 devrait atteindre plus de 500 millions de dollars. Cependant, le financement de ces opérations a toujours été fragile, avec des contributions fluctuantes de la part des États membres. Les États-Unis, l’un des principaux bailleurs, viennent d’annoncer leur retrait, aggravant ainsi le déficit structurel de financement qui menace la pérennité de la mission.
Un financement américain historique et désormais en suspens
En 2025, le budget de l’Aussom s’élevait à 190 millions de dollars (166 millions d’euros), dont une part significative provenait des États-Unis. Or, dans sa lettre du 1er juillet 2026, Washington a clairement indiqué qu’il ne reconduirait pas son aide financière au-delà de la date butoir du 31 décembre 2026. Cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large de réévaluation des engagements américains à l’étranger, mais elle intervient à un moment où la Somalie reste particulièrement vulnérable.
Comme le souligne Courrier International, ce désengagement financier intervient alors que le financement de la mission était déjà devenu « de plus en plus difficile ». Les retards de paiement et les déficits récurrents ont pesé sur l’efficacité des opérations, limitant la capacité des Casques bleus à mener des actions offensives contre Al-Chabab. Avec la disparition de cette manne américaine, la mission pourrait se retrouver dans une situation critique dès 2027, à moins que d’autres bailleurs ne comblent le vide.
Les enjeux d’un retrait prématuré dans un pays sous tension
La Somalie reste l’un des pays les plus instables de la Corne de l’Afrique, miné par des décennies de conflits, d’insécurité alimentaire et de divisions politiques. Bien que le gouvernement de Mogadiscio ait progressé dans la reconstruction de l’État, les attaques d’Al-Chabab, responsables de milliers de morts depuis 2007, persistent. En 2026, le groupe jihadiste a mené plusieurs attaques spectaculaires, notamment à Mogadiscio, rappelant la fragilité de la situation sécuritaire.
Le retrait des Casques bleus de l’UA, couplé à la fin du soutien financier américain, pourrait donc avoir des conséquences désastreuses. Sans une présence internationale soutenue, le risque est grand de voir Al-Chabab regagner du terrain, mettant en péril les avancées fragiles obtenues ces dernières années. Les analystes craignent également un effet domino : si les États-Unis se retirent, d’autres pays pourraient suivre, laissant la Somalie face à un vide sécuritaire difficile à combler.
« La fin du financement américain à l’Aussom survient à un moment où la Somalie a plus que jamais besoin de soutien international. Le risque d’un retour en arrière est réel si la communauté internationale ne prend pas rapidement le relais. » — Analyste de la sécurité en Afrique de l’Est, cité par Courrier International
Reste à voir si Washington reviendra sur sa décision ou si d’autres acteurs internationaux prendront le relais. Une chose est sûre : la stabilité de la Somalie dépendra, en grande partie, de la capacité de la communauté internationale à éviter un effondrement sécuritaire dans les mois à venir.
Plusieurs pistes sont évoquées, comme le renforcement des contributions européennes, une augmentation des fonds de l’Union africaine elle-même, ou encore une réorganisation de la mission avec des effectifs réduits. Cependant, aucune solution n’est encore actée, et le temps presse.
Les experts anticipent une recrudescence des attaques, notamment dans les zones rurales où l’influence du groupe reste forte. Mogadiscio pourrait également devenir une cible privilégiée, comme cela a été le cas lors des années 2010.