Les sanctions américaines contre Cuba, qualifiées de « blocus » par La Havane, aggravent la crise économique que traverse l’île, mais ne peuvent à elles seules en expliquer l’intégralité, selon l’économiste et spécialiste de Cuba Jérôme Leleu, interrogé par RFI.
Mardi 7 juillet, lors d’un débat spécial à l’ONU consacré à l’embargo imposé par les États-Unis, deux récits opposés ont été présentés. D’un côté, le gouvernement cubain a réaffirmé que l’embargo américain était la cause principale de ses difficultés économiques actuelles. De l’autre, les États-Unis ont rejeté cette analyse, imputant la responsabilité de la crise exclusivement au régime communiste en place.
Ce qu'il faut retenir
- Un débat à l’ONU, mardi 7 juillet, a opposé les positions de Cuba et des États-Unis sur les causes de la crise cubaine.
- La Havane attribue sa situation économique actuelle au « blocus » américain, tandis que Washington rejette cette explication.
- L’économiste Jérôme Leleu a souligné que si les sanctions aggravent la crise, elles n’en sont pas la seule cause.
Un débat sous tension à l’ONU
La réunion, organisée à New York, a vu s’affronter les délégations cubaine et américaine. Selon RFI, le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodríguez, a dénoncé un embargo « illégal » et « génocidaire », estimant qu’il privait l’île de ressources essentielles. De son côté, l’ambassadeur américain à l’ONU, Linda Thomas-Greenfield, a défendu la position de Washington en affirmant que la crise cubaine résultait avant tout des « choix économiques et politiques » du gouvernement de La Havane.
L’embargo américain contre Cuba, instauré en 1962 et renforcé à plusieurs reprises, interdit la plupart des échanges commerciaux avec l’île. Il a été durci en 2019 sous l’administration Trump, puis partiellement assoupli par l’administration Biden, sans pour autant être levé.
Les arguments économiques au cœur du conflit
L’économiste Jérôme Leleu, spécialiste de Cuba, a rappelé à RFI que l’île subissait une crise économique profonde, marquée par une pénurie généralisée de denrées alimentaires, de médicaments et de carburant. « Les sanctions américaines aggravent indéniablement cette situation, a-t-il précisé. Mais elles ne suffisent pas à expliquer l’effondrement de l’économie cubaine, qui résulte aussi de décennies de mauvaise gestion, de corruption et d’un système économique inefficace. »
Selon des données officielles cubaines, le produit intérieur brut (PIB) du pays a chuté de près de 11 % en 2020, puis de 2 % en 2021. En 2025, la croissance s’est légèrement rétablie (+2,7 %), mais le pays reste confronté à une inflation galopante, estimée à plus de 300 % sur un an en 2026.
Washington maintient sa position malgré les critiques
La délégation américaine a réaffirmé, lors du débat à l’ONU, que l’embargo n’était pas une fin en soi, mais un outil destiné à faire pression sur le régime cubain pour qu’il engage des réformes démocratiques. « Les sanctions sont un levier, pas une punition collective », a déclaré Linda Thomas-Greenfield, ajoutant que Washington était prêt à lever l’embargo si La Havane répondait à certaines conditions, comme la libération de prisonniers politiques ou la tenue d’élections libres.
Cependant, La Havane rejette catégoriquement ces exigences, les qualifiant d’ingérences dans ses affaires intérieures. Le gouvernement cubain a également souligné que les sanctions empêchaient l’île d’accéder à des financements internationaux et d’importer des produits essentiels, aggravant ainsi la crise humanitaire.
Reste à voir si l’un des deux camps fera des concessions. Pour l’instant, le statu quo semble dominer, malgré les souffrances endurées par la population cubaine.
L’embargo limite l’accès de Cuba à des médicaments, des denrées alimentaires et des produits essentiels, aggravant les pénuries et faisant monter les prix. Il complique également les échanges commerciaux et financiers, freinant la croissance économique du pays.