Selon Euronews FR, le Cap-Vert se distingue comme le pays africain le plus accueillant pour les personnes LGBTQIA+, selon l’indice Equaldex. Cet archipel insulaire, situé au large du Sénégal et de la Mauritanie, est réputé pour ses plages, sa culture et sa musique. Pourtant, il se singularise par une approche plus tolérante que la plupart de ses voisins africains, où les relations homosexuelles restent souvent criminalisées.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Cap-Vert est classé premier pays africain pour l’accueil des personnes LGBTQIA+ selon l’indice Equaldex.
  • L’archipel affiche un indice juridique de 55/100 et un indice d’opinion publique de 80/100, révélant une société plus ouverte que sa législation actuelle.
  • Depuis 2004, les relations homosexuelles sont dépénalisées, mais le mariage entre personnes de même sexe et l’adoption par des couples homosexuels restent interdits.
  • Plus de 30 pays africains criminalisent encore les relations homosexuelles, avec des peines pouvant aller jusqu’à la perpétuité ou la peine de mort.
  • Le Cap-Vert affiche un indice d’égalité de 68/100, le plaçant au 31ᵉ rang mondial, devant des pays comme le Royaume-Uni ou les États-Unis.

Un paradis relatif pour les personnes LGBTQIA+

« Aujourd’hui, nous vivons ici presque dans un paradis, mais cela est le fruit d’un travail acharné », déclare Walter Pires, enseignant et comédien de théâtre amateur, à l’AFP. Ce Cap-Verdien, qui joue dans la pièce « Font Flip is Burning », met en lumière les défis quotidiens des personnes transgenres. La pièce, présentée en juin 2026 à Mindelo, raconte les agressions, les expulsions et les discriminations professionnelles subies par cette communauté.

Walter Pires explique que de nombreuses personnes transgenres se voient refuser un emploi sous prétexte de leur apparence : « On leur dit : *Très bien, tu veux travailler ? Change de vêtements, habille-toi en homme et viens travailler*. » Malgré cette ouverture progressive, la société cap-verdienne doit encore progresser, notamment sur le plan législatif.

Une législation en décalage avec l’opinion publique

Le Cap-Vert présente une particularité unique en Afrique : son indice juridique (55/100) est inférieur à son indice d’opinion publique (80/100), avec un écart de +25 points. Autrement dit, la société est plus tolérante que ce que la loi n’exige ou ne protège actuellement. À l’inverse, en Afrique du Sud, l’indice juridique (77/100) dépasse largement l’opinion publique (57/100), avec un écart de −19 points.

Cette disparité positive fait du Cap-Vert une exception sur le continent. Selon Equaldex, l’archipel combine une législation modérée avec une acceptation sociale parmi les plus élevées d’Afrique, ce qui lui permet d’occuper la première place du classement continental.

Des avancées juridiques récentes, mais des limites persistantes

Depuis mars 2004, le Cap-Vert a dépénalisé les relations homosexuelles, mettant fin à plus d’un siècle de criminalisation. L’âge de consentement a été harmonisé entre relations hétérosexuelles et homosexuelles, et les personnes LGBTQIA+ ne sont plus explicitement exclues des forces armées. En 2008, la discrimination au travail fondée sur l’orientation sexuelle a été interdite, tandis qu’en 2015, une circonstance aggravante a été ajoutée au Code pénal pour les crimes motivés par la haine envers l’orientation sexuelle ou l’identité de genre.

Cependant, des droits fondamentaux restent non reconnus. Le mariage entre personnes de même sexe, l’adoption par des couples homosexuels, ainsi que la reconnaissance juridique des identités non binaires ou le changement de genre sur les documents d’identité ne sont pas encore possibles. Ces lacunes illustrent les marges de progression du pays en matière de droits LGBTQIA+.

Le Cap-Vert face à l’Afrique et au monde

Avec un indice d’égalité de 68/100, le Cap-Vert se classe 31ᵉ mondial, devant des pays comme le Royaume-Uni (67/100) ou les États-Unis (64/100). Cette performance contraste fortement avec celle des pays africains les moins bien classés, principalement en Afrique de l’Est et de l’Ouest. La Somalie, par exemple, affiche un indice d’égalité de 0/100, reflétant une absence totale de protections légales et une société extrêmement hostile.

À l’échelle du continent, plus de 30 pays criminalisent encore les relations homosexuelles. Dans quatre d’entre eux — la Gambie, le Soudan, la Tanzanie et la Zambie —, les peines encourues peuvent aller jusqu’à la prison à perpétuité. En Somalie et en Ouganda, la peine de mort est même envisagée pour ce « crime ». Ces chiffres soulignent l’isolement du Cap-Vert dans un contexte régional particulièrement répressif.

Et maintenant ?

Si le Cap-Vert continue d’avancer sur la voie de l’égalité, plusieurs défis restent à relever. La société civile et les associations locales appellent à une réforme législative pour reconnaître le mariage homosexuel et faciliter l’adoption par des couples LGBTQIA+. Par ailleurs, la mise en œuvre effective des lois existantes, notamment en matière de lutte contre les discriminations, sera déterminante pour concrétiser cette tolérance sociale. Les prochaines années pourraient ainsi voir l’archipel franchir de nouvelles étapes, tout en consolidant sa réputation de havre de paix pour les minorités sexuelles en Afrique.

Le modèle cap-verdien, où la société précède parfois la loi, offre une piste de réflexion pour d’autres pays du continent. Reste à savoir si cette dynamique se traduira par des avancées juridiques concrètes dans un avenir proche.

Selon Equaldex, l’indice d’égalité prend en compte plusieurs critères : la dépénalisation des relations homosexuelles, la reconnaissance du mariage entre personnes de même sexe, les droits à l’adoption, la protection contre les discriminations, la possibilité de changer de genre sur les documents d’identité, ainsi que l’opinion publique. Chaque critère est noté sur 100, et une moyenne globale est calculée pour établir le classement.

Non. Plusieurs pays africains, comme l’Afrique du Sud, le Botswana, le Mozambique ou les Seychelles, ont également dépénalisé les relations homosexuelles. Cependant, le Cap-Vert se distingue par son niveau d’acceptation sociale, bien supérieur à celui de ces autres pays, où la législation peut être en avance sur les mentalités.