Le 21 juin 2026 à Padang, dans la province de Sumatra occidental, l’administration provinciale et le Conseil traditionnel minangkabau, représentant la communauté majoritaire de la région, organisaient un rassemblement public aux accents violemment anti-LGBTQI. Les participants étaient invités à signer une bannière blanche de 1 kilomètre de long, exigeant l’« éradication » des personnes LGBTQI ou leur expulsion des terres minangkabau. Une manifestation symbolique, mais révélatrice d’un climat de plus en plus hostile envers la communauté queer dans l’archipel indonésien, selon Courrier International.
Ce qu'il faut retenir
- Un rassemblement anti-LGBTQI à Padang, Sumatra occidental, a appelé à l’« éradication » ou à l’expulsion des personnes queer en juin 2026.
- Un mouvement de harcèlement en ligne et dans la rue cible spécifiquement les hommes homosexuels efféminés, qualifiés de « boti ».
- Le Conseil des oulémas d’Indonésie (MUI) a demandé au Parlement une loi sanctionnant les personnes LGBTQI et leurs défenseurs en juin 2026.
- Le ministère des Affaires religieuses prévoit d’intégrer dans les programmes scolaires une « éducation préventive » contre la « culture LGBTQI ».
- La célébration du Mois des fiertés 2026 en Indonésie se déroule dans un contexte de restrictions accrues des droits LGBTQI.
Cette mobilisation s’inscrit dans une dynamique nationale de plus en plus répressive envers les minorités sexuelles. Depuis plusieurs mois, un mouvement en ligne et dans les rues, désigné sous le terme de « chasse aux boti » – un terme d’argot désignant les hommes homosexuels jugés efféminés –, prend de l’ampleur. Les appels à « écraser les boti » se multiplient sur les réseaux sociaux, tandis que des groupes d’autodéfense se forment pour traquer et dénoncer publiquement les personnes perçues comme LGBTQI, rapporte le site Viva, cité par Courrier International.
En pleine célébration internationale du Mois des fiertés en juin 2026, le Conseil des oulémas d’Indonésie (MUI), instance religieuse influente, a franchi une étape supplémentaire en exigeant du Parlement la mise en place d’une réglementation réprimant non seulement les personnes LGBTQI, mais aussi ceux qui défendent leurs droits. Une demande qui s’ajoute à d’autres initiatives législatives en cours pour durcir le cadre juridique existant. « La prévention ne doit pas se limiter à des campagnes symboliques », a déclaré le vice-ministre des Affaires religieuses, soulignant la nécessité d’une action « structurelle » contre ce qu’il qualifie de « menace non militaire » pour la nation.
Le ministère des Affaires religieuses a annoncé son intention d’intégrer aux programmes d’enseignement religieux, dès la rentrée scolaire 2026, une « éducation préventive » destinée à sensibiliser les élèves aux « dangers » de la « culture LGBTQI ». Une mesure qui s’appuie sur une interprétation restrictive des préceptes religieux dominants dans le pays, où l’homosexualité n’est pas explicitement criminalisée au niveau national, mais est systématiquement associée à une déviance morale et sociale. « L’école doit jouer un rôle central dans la protection des valeurs traditionnelles », a précisé un responsable du ministère, sans davantage de détails sur les modalités pratiques de ce dispositif.
Cette escalade s’inscrit dans un contexte plus large de restrictions des libertés individuelles en Indonésie. Depuis 2023, les autorités locales multiplient les mesures discriminatoires : interdiction des symboles LGBTQI dans l’espace public, dissolution d’associations de défense des droits humains, et encouragement à des pratiques de « rééducation » ou de « conversion ». En juillet 2023 déjà, une manifestation anti-LGBTQI avait eu lieu devant l’hôtel de ville de Bogor, en Java-Ouest, reflétant l’ancrage des préjugés dans certaines régions du pays. À l’époque, des groupes conservateurs avaient appelé au boycott des entreprises jugées « trop tolérantes » envers la communauté queer.
Les observateurs internationaux s’inquiètent de la normalisation de ces discours, qui pourraient encourager des actes de violence ou de discrimination systémique. « On observe une radicalisation des positions, alimentée par des rhétoriques politiques et religieuses », explique une chercheuse en droits humains basée à Jakarta, sous couvert d’anonymat. Selon elle, « la rhétorique de la menace « non militaire » est particulièrement dangereuse, car elle légitime des mesures répressives au nom de la sécurité nationale ».
Dans l’immédiat, les associations de défense des droits humains appellent à la vigilance, notamment en ligne, où les campagnes de dénigrement et de doxxing se multiplient. « La situation est préoccupante, mais nous ne renoncerons pas », assure une militante interrogée par Courrier International. « Les personnes LGBTQI indonésiennes méritent la même protection que n’importe quel autre citoyen. » Une certitude : le débat sur les droits des minorités sexuelles en Indonésie ne fait que commencer, dans un pays où les tensions entre tradition et modernité n’ont jamais été aussi vives.
Le terme « boti » est un argot indonésien désignant spécifiquement les hommes homosexuels jugés efféminés ou perçus comme ne correspondant pas aux stéréotypes de genre traditionnels. Utilisé de manière péjorative, il sert souvent à humilier ou à marginaliser les personnes LGBTQI, en les associant à une image de faiblesse ou de ridicule. Selon Courrier International, ce terme est aujourd’hui massivement repris dans les discours de haine en ligne et dans les appels à la violence.