La sémiologue Mariette Darrigrand publie un ouvrage intitulé « Les mots qui font peur. Leur résister, les décrypter, les remplacer » pour analyser comment certains termes influencent nos perceptions des enjeux sociétaux actuels. Selon Le Monde – Politique, cet essai propose une méthode pour déconstruire les discours anxiogènes qui traversent les débats politiques et sociaux en France.

Dans un contexte marqué par des polarisations croissantes et des crises multiples, l’autrice s’intéresse particulièrement à des expressions comme « trumpisme », « climat » ou « no kids ». Autant dire que l’enjeu dépasse la simple sémantique : il s’agit de comprendre comment ces mots, parfois instrumentalisés, façonnent nos peurs et nos représentations du monde.

Ce qu'il faut retenir

  • Mariette Darrigrand est docteure en sémiologie et enseignante à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco).
  • Son livre, « Les mots qui font peur », est publié en 2026 et s’appuie sur une analyse des discours médiatiques et politiques.
  • L’autrice examine trois termes emblématiques : « trumpisme », « climat » et « no kids », chacun illustrant des mécanismes de peur distincts.
  • L’ouvrage propose une méthode en trois étapes : résister, décrypter et remplacer les vocables anxiogènes.
  • Selon Le Monde – Politique, cette approche vise à outiller les citoyens face à la surcharge informationnelle.

Une méthode pour déconstruire les discours anxiogènes

Mariette Darrigrand explique dans son livre que les mots ne sont pas neutres. Ils portent des charges émotionnelles et idéologiques qui influencent nos comportements et nos décisions. « Les termes comme « trumpisme » ou « no kids » ne sont pas de simples étiquettes, mais des outils de stigmatisation ou de généralisation », a-t-elle déclaré au Monde – Politique.

Son travail s’inscrit dans une réflexion plus large sur la manière dont le langage participe à la construction des peurs collectives. L’autrice cite notamment l’exemple du « trumpisme », utilisé pour désigner une forme de populisme autoritaire, mais aussi pour disqualifier toute opposition politique. « Ce mot est devenu un fourre-tout qui empêche un débat serein sur les enjeux démocratiques », a-t-elle souligné.

Trois termes emblématiques sous la loupe

Parmi les exemples analysés dans l’ouvrage, le terme « climat » occupe une place centrale. « Il est souvent associé à une urgence apocalyptique, ce qui peut paralyser plutôt qu’inciter à l’action », explique Mariette Darrigrand. Son analyse rejoint celle d’autres chercheurs, comme le sociologue Bruno Latour, qui a souligné dans ses travaux l’importance de reformuler les discours écologiques pour éviter l’écueil du catastrophisme.

Autre exemple cité : « no kids », expression popularisée par certains mouvements anti-natalistes. Pour l’autrice, ce terme reflète une angoisse générationnelle et une remise en cause des modèles familiaux traditionnels. « Il cristallise des peurs liées à l’avenir et à la responsabilité individuelle, sans toujours permettre une discussion constructive », précise-t-elle.

Résister, décrypter, remplacer : la méthode Darrigrand

L’approche proposée par Mariette Darrigrand repose sur trois piliers. D’abord, « résister » aux mots qui nous enferment dans des schémas de pensée binaires. Ensuite, « décrypter » leur origine et leur usage pour en comprendre les biais. Enfin, « remplacer » ces termes par des formulations plus neutres ou constructives.

« L’objectif n’est pas de supprimer tout vocabulaire critique, mais de privilégier des mots qui ouvrent le dialogue plutôt que de le clore », explique-t-elle. Elle cite l’exemple de « transition écologique », préférable à « crise climatique » pour éviter une vision trop négative des défis environnementaux.

Et maintenant ?

La sortie de l’ouvrage de Mariette Darrigrand coïncide avec un débat public intense sur les enjeux linguistiques et politiques. Plusieurs médias et think tanks ont déjà annoncé des cycles de conférences pour discuter des propositions de l’autrice. Une édition augmentée du livre, incluant des ateliers pratiques, devrait voir le jour d’ici la fin de l’année 2026.

Reste à voir si cette méthode trouvera un écho dans les sphères politiques et médiatiques. Comme le rappelle Mariette Darrigrand, « le changement passe d’abord par une prise de conscience individuelle, avant de devenir collective ».

Mariette Darrigrand est docteure en sémiologie et enseignante à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco). Elle a publié plusieurs ouvrages sur le langage politique et les mécanismes de la communication. Son dernier livre, « Les mots qui font peur », marque une étape dans sa réflexion sur l’impact des vocables dans les débats sociétaux.