Alors que la France subit des vagues de chaleur répétées cet été, le Rassemblement national (RN) opère un revirement discursif sur la question climatique. « Nous n'avons jamais été climatosceptiques », a déclaré Jean-Philippe Tanguy, député RN de la Somme, le 28 juin dernier sur BFM-TV. Une affirmation qui intervient dans un contexte où les canicules s'enchaînent et où la pression sur les partis politiques pour adopter une position plus engagée sur l'écologie se renforce. Pourtant, selon Reporterre, ce changement de ton ne s'accompagne pas, pour l'instant, d'une évolution concrète des actions portées par le parti d'extrême droite.

Ce qu'il faut retenir

  • Le RN, longtemps accusé de climatoscepticisme, change de discours en pleine période de canicules répétées.
  • Jean-Philippe Tanguy, député RN de la Somme, affirme le 28 juin sur BFM-TV : « Nous n'avons jamais été climatosceptiques ».
  • Ce revirement verbal ne s'accompagne pas, à ce stade, d'une modification des positions politiques ou législatives du parti.
  • L'objectif semble davantage relever d'une stratégie de communication et de greenwashing que d'une réelle conversion écologique.

Un discours passé marqué par le climatoscepticisme

Pendant des années, le Rassemblement national a été régulièrement pointé du doigt pour ses positions climatosceptiques. Le parti a souvent minimisé l'urgence climatique, remettant en cause les rapports scientifiques ou relativisant l'impact des activités humaines sur le réchauffement. En 2022 encore, Marine Le Pen, figure historique du RN, avait qualifié la transition écologique de « luxe de pays riches », soulignant que la priorité devait rester la compétitivité économique. Ces prises de position avaient contribué à ancrer l'image d'un parti réticent face aux enjeux environnementaux.

Le changement de rhétorique actuel s'inscrit donc dans un contexte où la réalité des canicules devient impossible à ignorer. Avec des températures dépassant régulièrement les 40°C dans plusieurs régions françaises, l'opinion publique est de plus en plus sensible à la question climatique. Le RN semble donc tenter de s'adapter à ce nouvel environnement médiatique et politique, quitte à brouiller son image historique.

Une stratégie de greenwashing ?

L'argumentaire développé par Jean-Philippe Tanguy s'inscrit dans une logique de communication visant à désamorcer les critiques. En affirmant que le RN n'a « jamais été climatosceptique », le député cherche à corriger une image qui colle à la peau de son parti. Pourtant, les actes ne semblent pas suivre les mots. Le programme du RN en matière d'écologie reste flou et, selon plusieurs observateurs, peu ambitieux. Le parti prône notamment le développement du nucléaire et des énergies fossiles, tout en critiquant les mesures environnementales perçues comme trop contraignantes pour les entreprises.

Ce revirement discursif pourrait aussi s'analyser comme une tentative de séduire un électorat de plus en plus soucieux de l'environnement. En 2024, une étude de l'Agence européenne pour l'environnement révélait que 75 % des Français considéraient le changement climatique comme un enjeu majeur. Face à cette prise de conscience, les partis politiques sont poussés à adapter leur discours, même si les actions concrètes peinent à suivre.

Et maintenant ?

La prochaine échéance électorale majeure pour le RN sera les législatives de 2027. D'ici là, le parti devra probablement affiner sa communication sur l'écologie pour ne pas apparaître en décalage avec les attentes des citoyens. Reste à voir si ce changement de ton se traduira par des propositions concrètes, ou s'il restera cantonné à une stratégie de greenwashing. Une chose est sûre : la question climatique ne disparaîtra pas du débat public dans les mois à venir.

Ce revirement discursif du RN illustre une tendance plus large au sein de la classe politique française. Plusieurs partis, y compris de droite et d'extrême droite, tentent de se réapproprier le thème de l'écologie pour ne pas perdre de terrain face à une opinion publique de plus en plus sensibilisée. Pourtant, les mesures proposées peinent souvent à répondre à l'urgence climatique, laissant planer le doute sur la sincérité de ces engagements.

Alors que l'été 2026 s'annonce déjà comme l'un des plus chauds jamais enregistrés en France, la pression sur les décideurs politiques ne fera que s'accentuer. Le RN, comme les autres partis, devra rapidement passer des mots aux actes pour crédibiliser sa nouvelle posture écologique.

Pour l'instant, aucun texte de loi porté par le RN ne témoigne d'un revirement législatif sur le climat. Le parti continue de défendre des mesures comme le développement du nucléaire et des énergies fossiles, tout en critiquant les politiques environnementales perçues comme trop contraignantes.