Le géant pharmaceutique français Sanofi, mis en cause par la Commission européenne pour une possible entrave à la concurrence, a présenté mercredi 8 juillet 2026 une série d’engagements visant à mettre fin à une campagne de dénigrement présumée contre un vaccin concurrent. Selon BFM Business, ces mesures correctives, soumises dans le cadre d’une enquête ouverte fin juin, incluent notamment la publication de communiqués officiels reconnaissant l’efficacité d’un produit rival. Une décision qui intervient alors que l’exécutif européen examine depuis 2024 les pratiques du groupe dans le secteur des vaccins contre la grippe.
Ce qu'il faut retenir
- Sanofi est soupçonné par la Commission européenne d’avoir mené, depuis 2024, une campagne de dénigrement contre le vaccin Fluad de l’australien CSL Seqirus, concurrent de son propre produit Efluelda.
- Ces pratiques visaient principalement les professionnels de santé en Allemagne et en France, selon les autorités européennes.
- Parmi les engagements proposés : la publication, pendant deux ans sur les sites du groupe en Allemagne et en France, de messages clarifiant l’efficacité du Fluad validée par les autorités réglementaires.
- Les parties concernées par le litige ont jusqu’à fin août 2026 pour soumettre leur avis sur ces mesures à la Commission.
- Sanofi a précisé que ces engagements « ne constituent en aucun cas une reconnaissance d’une quelconque infraction » et insiste sur le respect des réglementations en vigueur.
Une enquête européenne pour abus de position dominante
La Commission européenne a ouvert une enquête antitrust contre Sanofi en juin 2026 pour suspicion d’abus de position dominante. L’enquête porte spécifiquement sur des allégations selon lesquelles le groupe aurait cherché à discréditer le vaccin Fluad de CSL Seqirus, commercialisé en Europe, afin de favoriser son propre produit, l’Efluelda. Ces pratiques, si elles étaient avérées, pourraient constituer une violation des règles de concurrence de l’Union européenne.
Les soupçons remontent à 2024, période durant laquelle Sanofi aurait mené une campagne de dénigrement ciblant les professionnels de santé allemands et français. Selon BFM Business, cette stratégie visait à influencer les décisions d’achat en faveur de l’Efluelda, un vaccin contre la grippe destiné aux personnes âgées. La Commission européenne, garante du respect de la libre concurrence au sein des 27 États membres, pourrait infliger des amendes substantielles en cas de condamnation pour abus de position dominante.
Des mesures correctives pour apaiser les tensions
Face aux accusations, Sanofi a choisi de soumettre des engagements visant à corriger sa conduite. Parmi les mesures proposées figure la publication, sur ses sites internet français et allemands, de communiqués certifiant que le Fluad a été jugé efficace par les autorités sanitaires. Ces messages devront être affichés pendant deux ans, une période jugée suffisante par Bruxelles pour rétablir une concurrence équitable.
Le groupe a confirmé à l’AFP avoir soumis ces engagements, sans pour autant détailler leur contenu exact. Sanofi a également souligné que cette démarche ne saurait être interprétée comme une reconnaissance de faute : « Nous demeurons convaincus d’avoir agi, et de continuer à agir, dans le plein respect de l’ensemble des lois et réglementations applicables, y compris en matière de droit de la concurrence », a déclaré un porte-parole. Une position qui contraste avec les précédents judiciaires du groupe, comme la condamnation en septembre 2025 par la cour d’appel de Paris à indemniser l’Assurance maladie pour des pratiques similaires de dénigrement à l’encontre d’un médicament générique.
Une consultation publique avant décision finale
La Commission européenne a indiqué que toutes les parties impliquées dans ce litige — Sanofi, CSL Seqirus et les autorités sanitaires concernées — auront la possibilité de soumettre leur avis sur les engagements proposés jusqu’à fin août 2026. Cette phase de consultation permettra à Bruxelles d’évaluer la pertinence des mesures correctives avant de rendre sa décision finale. Si les engagements sont jugés insuffisants ou si les pratiques anticoncurrentielles sont confirmées, la Commission pourrait imposer des sanctions financières lourdes.
Cette enquête s’inscrit dans un contexte où l’Union européenne renforce son contrôle sur les pratiques des géants pharmaceutiques, notamment dans un secteur aussi stratégique que celui des vaccins. Les laboratoires sont sous haute surveillance depuis la pandémie de Covid-19, période durant laquelle les enjeux de transparence et de concurrence équitable ont été particulièrement mis en lumière.
Cette affaire rappelle également que les condamnations passées, comme celle de 2025, n’ont pas dissuadé les pratiques de dénigrement dans le secteur. Sanofi, malgré ses dénégations, reste sous une surveillance accrue des autorités européennes, qui n’hésiteront pas à sanctionner si nécessaire. Pour les autres acteurs du marché, cette enquête pourrait servir d’avertissement quant à la rigueur des règles de concurrence en Europe.
Selon le droit européen de la concurrence, une condamnation pour abus de position dominante peut entraîner des amendes pouvant atteindre jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires mondial de l’entreprise concernée. Dans le cas de Sanofi, une sanction pourrait donc se chiffrer en centaines de millions d’euros. Bruxelles a déjà infligé des amendes records à d’autres géants, comme Google (plus de 8 milliards d’euros cumulés) ou Intel (1,06 milliard d’euros en 2014).