En Inde, les tensions persistent entre la Banque centrale et le gouvernement concernant la régulation des cryptomonnaies. Selon Journal du Coin, l’institution monétaire pousse pour un bannissement total, tandis que les autorités politiques affichent une approche plus mesurée, laissant planer le doute sur l’issue finale de ce bras de fer institutionnel.
Ce qu'il faut retenir
- La Banque de réserve de l’Inde (RBI) propose d’interdire totalement les cryptomonnaies dans le pays.
- Le gouvernement indien, de son côté, n’a pas encore tranché, ouvrant la voie à des discussions en cours.
- Cette divergence illustre les désaccords persistants entre régulateurs financiers et pouvoir politique sur un sujet hautement technique et sensible.
- L’Inde, troisième économie d’Asie, cherche à encadrer un secteur en pleine expansion malgré les risques de fraude et de blanchiment.
Une position radicale portée par la Banque centrale
La Réserve Bank of India (RBI), dirigée par le gouverneur Shaktikanta Das, milite depuis des années pour une interdiction pure et simple des cryptomonnaies sur le territoire indien. Dans un rapport récent, l’institution financière a réitéré ses craintes : selon elle, ces actifs numériques menacent la stabilité financière, favorisent les activités illicites et sapent le contrôle de la monnaie locale, la roupie. « Les cryptomonnaies ne sont pas des devises, mais des actifs spéculatifs qui exposent les citoyens à des risques disproportionnés », a déclaré un haut responsable de la RBI sous couvert d’anonymat, cité par Journal du Coin.
Cette position s’inscrit dans une logique de prudence maximale, alors que New Delhi avait déjà imposé, en 2022, un moratoire sur les échanges de cryptos avant de l’assouplir partiellement en 2023. Aujourd’hui, la RBI pousse pour une législation plus stricte, voire une interdiction totale, quitte à s’opposer frontalement au gouvernement.
Le gouvernement indien entre prudence et pragmatisme
De son côté, le gouvernement dirigé par le Premier ministre Narendra Modi semble adopter une approche plus nuancée. Bien que conscient des risques associés aux cryptomonnaies, il n’a pas encore tranché en faveur d’une interdiction totale. Plusieurs ministres ont souligné la nécessité d’un cadre réglementaire équilibré, capable de concilier innovation financière et protection des épargnants.
En mai 2026, le ministre des Finances, Nirmala Sitharaman, a rappelé que « le pays ne peut ignorer les opportunités offertes par la blockchain et les actifs numériques ». Elle a évoqué la possibilité d’un régime fiscal adapté plutôt qu’une prohibition pure, tout en reconnaissant les défis posés par la volatilité et l’anonymat des transactions. Cette position plus ouverte contraste avec l’intransigeance de la RBI, créant une situation de blocage institutionnel.
Un conflit qui dépasse le cadre juridique
Le désaccord entre la Banque centrale et le gouvernement illustre les tensions plus larges qui traversent le pays sur la question des cryptomonnaies. D’un côté, les partisans d’une régulation stricte mettent en avant la nécessité de protéger les quelque 20 millions d’investisseurs indiens exposés à ces actifs. De l’autre, les défenseurs de l’innovation technologique soulignent le potentiel des cryptos pour moderniser le système financier indien, notamment dans les zones rurales encore mal desservies par les banques traditionnelles.
Selon une étude récente, l’Inde compte parmi les pays où l’adoption des cryptomonnaies a le plus progressé ces cinq dernières années, avec un volume d’échanges estimé à plus de 150 milliards de dollars en 2025. Autant dire que la question ne se limite pas à un débat technique : elle touche à l’avenir économique et social du pays.
Quoi qu’il en soit, cette affaire révèle une fois de plus les défis posés par la régulation des actifs numériques, entre innovation, stabilité financière et souveraineté monétaire. Le sort des cryptomonnaies en Inde pourrait bien servir de référence pour d’autres pays en proie à des débats similaires.
La RBI craint que les cryptomonnaies ne menacent la stabilité financière du pays, favorisent les activités illicites comme le blanchiment d’argent et sapent le contrôle de la monnaie locale, la roupie. Elle les considère comme des actifs spéculatifs trop risqués pour les citoyens.