La fermeture soudaine de l’exchange AscendEX, annoncée le 1er juillet 2026, a plongé des milliers d’utilisateurs dans une situation de blocage de fonds, certains ne parvenant plus à accéder à leurs avoirs depuis plusieurs semaines. Selon Cryptoast, qui a recueilli le témoignage d’un utilisateur sud-coréen, des milliers de dollars restent inaccessibles, malgré les assurances de la plateforme. Les retraits, désormais soumis à une revue manuelle aléatoire, suscitent des interrogations croissantes sur la gestion des liquidités et la transparence de la plateforme, alors que les témoignages d’impossibilité d’accès aux fonds se multiplient.
Ce qu'il faut retenir
- AscendEX a officiellement fermé le 1er juillet 2026, invoquant les conditions de marché et la régulation européenne MiCA.
- Les retraits sont désormais soumis à une revue manuelle sans garantie de traitement, selon plusieurs utilisateurs.
- Un utilisateur sud-coréen affirme avoir 62 000 dollars bloqués, dont un retrait de 1 000 USDT finalement marqué comme « Refunded » sans preuve de remboursement.
- L’enquêteur on-chain ZachXBT a documenté des retraits non traités plus d’une semaine avant l’annonce de fermeture, alors que les dépôts continuaient.
- Les portefeuilles publics d’AscendEX ne contiendraient pas suffisamment d’actifs liquides pour couvrir les réclamations des utilisateurs.
- La plateforme figurait déjà sur la liste noire de l’Autorité des marchés financiers française avant la crise.
Une fermeture officielle, mais des retraits toujours bloqués
AscendEX a annoncé sa fermeture le 1er juillet 2026, justifiant sa décision par les conditions de marché et l’entrée en vigueur de la régulation européenne MiCA. Officiellement, les comptes des utilisateurs restent accessibles pour permettre les retraits, mais dans les faits, chaque demande est désormais soumise à une revue manuelle, sans aucune garantie de traitement. Les témoignages d’utilisateurs incapables d’accéder à leurs fonds, certains depuis plusieurs semaines, se multiplient. L’un d’eux, un client sud-coréen de la plateforme depuis un an et demi, a vu ses retraits bloqués dès le 6 mai 2026, après avoir tenté de retirer près de 10 000 USDT et 25 500 XRP.
Selon ses déclarations à Cryptoast, son solde bloqué s’élève désormais à 62 000 dollars. « AscendEX m’a dit que mon dossier était en phase finale de revue, mais que le traitement était suspendu à cause de mon activité publique », a-t-il expliqué. La plateforme lui a demandé de cesser toute publication et de rester silencieux, ce qu’il a fait. Son cas a ensuite été placé dans un « processus de règlement par étapes » le 12 juin, avant qu’un premier retrait de 1 000 USDT sur le réseau TRC-20 ne soit autorisé le 24 juin. Pourtant, quelques jours plus tard, la transaction était marquée comme « Refunded », sans qu’aucun TXID ne soit visible sur la blockchain pour prouver un remboursement.
Des dysfonctionnements antérieurs à la fermeture
Les problèmes de retraits non traités remontent à bien avant l’annonce officielle de la fermeture. ZachXBT, enquêteur spécialisé dans l’analyse on-chain, a documenté des retraits bloqués plus d’une semaine avant l’arrêt des activités d’AscendEX, alors que la plateforme continuait d’accepter de nouveaux dépôts. Dans un message publié le 26 juin 2026, il a souligné que les portefeuilles publics de l’exchange ne contenaient pas suffisamment d’actifs liquides pour couvrir plusieurs réclamations à sept chiffres, qu’il avait vérifiées.
« Je recommande à votre équipe de répondre aux questions suivantes pour la communauté : pourquoi les utilisateurs signalent-ils des retraits retardés ou incomplets ? Pourquoi les portefeuilles chauds d’AscendEX ne contiennent-ils actuellement aucun actif liquide ? Personne ne devrait déposer de fonds sur ce CEX. »
Fondée en 2018 sous le nom de BitMax, AscendEX avait pourtant figuré parmi les dix premières plateformes centralisées en volume à son apogée. Elle avait levé 50 millions de dollars en Série B en 2021, avec des investisseurs comme Polychain Capital et Hack VC. Pourtant, elle avait déjà subi un piratage de 78 millions de dollars en décembre 2021, attribué au groupe nord-coréen Lazarus. Par ailleurs, la plateforme figurait sur la liste noire de l’Autorité des marchés financiers (AMF) en France, une information qui aurait pu alerter les utilisateurs bien avant la crise.
Un contexte réglementaire et des pratiques opaques
L’affaire AscendEX s’inscrit dans un contexte plus large de fragilité des plateformes centralisées dans l’écosystème crypto, particulièrement lors des phases de marché baissier. Les périodes de baisse des volumes de trading et de raréfaction des liquidités exposent en effet les acteurs les plus fragiles à des difficultés financières, avec des conséquences souvent lourdes pour leurs utilisateurs. Cette situation rappelle celle de RealT, où plusieurs investisseurs dénonçaient également des fonds bloqués et une longue incertitude quant à la récupération de leurs actifs.
Les utilisateurs d’AscendEX, désormais dans le flou, envisagent des recours juridiques et des actions collectives. L’un d’eux, cité par Cryptoast, a expliqué conserver toutes les preuves en sa possession — captures d’écran, échanges avec le support, historiques de transactions — et contacter d’autres utilisateurs affectés pour organiser une éventuelle plainte groupée. « On a l’impression d’avoir été pris au piège alors que la plateforme était déjà en grande difficulté », a-t-il déclaré. Les autorités locales et les régulateurs sont désormais sollicités pour faire la lumière sur cette situation.
Cette affaire met en lumière les risques encourus par les utilisateurs des plateformes centralisées, notamment en période de marché instable. Elle rappelle l’importance de privilégier les exchanges régulés et de diversifier ses actifs, tout en conservant une vigilance constante sur les pratiques des acteurs du secteur.
Les utilisateurs concernés sont invités à conserver toutes les preuves de leurs transactions et échanges avec le support, puis à signaler leur situation aux régulateurs et aux forces de l’ordre de leur pays. Se regrouper avec d'autres victimes peut faciliter les démarches, notamment pour déposer une plainte collective ou partager des éléments permettant de reconstituer les faits.
AscendEX a justifié cette mesure par la nécessité de vérifier chaque demande de retrait dans le contexte de sa fermeture, mais cette procédure aléatoire et sans garantie de traitement a suscité de vives critiques parmi les utilisateurs, qui dénoncent un manque de transparence et de liquidités suffisantes.