Alors que les questions de santé mentale occupent une place croissante dans le débat public, la médiatrice de l’Éducation nationale, Catherine Becchetti-Bizot, alerte sur les lacunes persistantes de prise en charge au sein du système scolaire. Dans son dernier rapport, publié ce mercredi 8 juillet 2026, elle pointe un manque de considération pour les souffrances psychiques des élèves et des personnels, ainsi que des dysfonctionnements structurels dans la gestion des cas individuels. Franceinfo – Santé a pu consulter ce document, qui met en lumière des tensions accrues depuis la création du poste en 1998.
Ce qu'il faut retenir
- 28 450 saisines enregistrées en 2025 par la médiatrice, soit une hausse de 22 % par rapport à 2024 et de 57 % sur cinq ans.
- Les personnels de l’Éducation nationale représentent un quart des saisines, illustrant leurs difficultés face à une gestion administrative jugée inadaptée.
- La médiatrice dénonce un manque de dialogue entre les services gestionnaires et les acteurs de terrain, ainsi que des délais trop longs dans le traitement des affaires de harcèlement.
- Les examens, notamment le contrôle continu du bac et les enjeux d’orientation, sont identifiés comme des sources majeures d’angoisse pour les élèves.
Un rapport accablant sur la santé mentale à l’école
Dans son bilan annuel, Catherine Becchetti-Bizot, médiatrice de l’Éducation nationale, dresse un constat sévère : les enjeux de santé mentale restent « insuffisamment pris en compte » au sein des établissements scolaires. Selon elle, les souffrances psychiques des élèves et des personnels ne bénéficient pas d’une attention suffisante, en raison notamment de problèmes de communication entre les différents services. « Il y a de l’humain, mais cet humain ne communique pas avec les services gestionnaires », a-t-elle déclaré à Franceinfo – Santé. « Ce qui manque, c’est cette attention au cas particulier. »
La médiatrice souligne également que le système scolaire aggrave parfois les situations des élèves en souffrance, notamment lorsque leurs familles peinent à faire reconnaître leur état psychique. Les tensions sont telles que certaines familles se retrouvent en conflit avec l’institution, faute de solutions adaptées. Autant dire que la prise en charge des troubles mentaux dans le milieu éducatif reste un défi majeur, malgré les avancées récentes en matière de reconnaissance des besoins psychologiques.
Des personnels administratifs et enseignants en première ligne
Les personnels de l’Éducation nationale ne sont pas épargnés par cette crise. D’après le rapport, ils constituent un quart des 28 450 saisines enregistrées en 2025, un chiffre en forte augmentation depuis 2020 (+57 %). Les services des ressources humaines, conçus pour une « gestion de masse », peinent à suivre des situations individuelles, alors que près de 1,4 million d’agents sont gérés par les ministères de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur. « Les services RH sont mal adaptés à la diversité des situations », a expliqué Catherine Becchetti-Bizot. « Ils ne parviennent pas toujours à traiter les dossiers avec la réactivité nécessaire. »
Parmi les cas les plus préoccupants figurent les affaires de harcèlement. Même lorsque l’agresseur a été écarté, les victimes peinent à se reconstruire, notamment en raison de la lenteur administrative. « Quand une personne a beaucoup de mal à reprendre pied dans son travail après avoir été harcelée, ces soucis administratifs les rendent encore plus malades », a-t-elle précisé. La médiatrice évoque ici un cercle vicieux : une gestion inadaptée qui, en s’ajoutant aux traumatismes initiaux, aggrave la situation des victimes.
Les examens et l’orientation, sources d’angoisse majeure
Le rapport de la médiatrice met aussi en avant le rôle des examens et des enjeux d’orientation dans la dégradation de la santé mentale des élèves. Le contrôle continu du baccalauréat, introduit en 2021, est pointé du doigt pour son impact psychologique. « Les élèves sont sous pression constante, avec des évaluations régulières qui les exposent à un stress permanent », a indiqué Catherine Becchetti-Bizot. Elle ajoute que les incertitudes liées à l’orientation, qu’il s’agisse de l’accès à l’enseignement supérieur ou à des filières sélectives, alimentent cette angoisse. Pour ces jeunes, le système scolaire devient alors un environnement anxiogène, où la performance prime sur le bien-être.
Ces constats rejoignent ceux d’autres rapports récents, qui alertent sur la hausse des troubles anxieux et dépressifs chez les adolescents. En 2025, selon les dernières données de l’Assurance maladie, près de 15 % des 12-18 ans présentaient des symptômes dépressifs, un chiffre en hausse constante depuis la crise sanitaire. Face à cette situation, les acteurs de l’Éducation nationale appellent à une refonte des méthodes d’évaluation et à un accompagnement plus personnalisé.
Une institution en quête de solutions
Face à ces dysfonctionnements, Catherine Becchetti-Bizot plaide pour une réforme en profondeur. « Il faut former les agents, les parents et l’administration », a-t-elle insisté. Elle recommande notamment la mise en place de modules de formation dédiés à la santé mentale, aussi bien pour les enseignants que pour les personnels administratifs. L’objectif ? Sensibiliser les équipes aux enjeux psychologiques et leur donner les outils pour repérer et accompagner les élèves en difficulté. La médiatrice propose également de renforcer les canaux de communication entre les familles et les établissements, afin de faciliter la reconnaissance des situations particulières.
Côté élèves, elle suggère d’intégrer davantage de temps d’échange et de soutien psychologique au sein des emplois du temps scolaires. « Une heure par semaine consacrée au bien-être pourrait faire une vraie différence », a-t-elle avancé. Ces propositions s’inscrivent dans un contexte où le ministère de l’Éducation nationale a déjà lancé plusieurs dispositifs, comme les « cellules d’écoute » dans les académies ou les partenariats avec des associations spécialisées. Reste à savoir si ces mesures seront suffisantes pour endiguer la crise.
Ce rapport soulève une question centrale : dans un système éducatif déjà sous tension, comment concilier exigence académique et bien-être des élèves et des personnels ? Les prochains mois diront si les annonces politiques se traduiront par des actes concrets. Une chose est sûre : la pression sur l’Éducation nationale ne faiblira pas, alors que les attentes en matière de santé mentale n’ont jamais été aussi fortes.
Plusieurs dispositifs sont déployés dans les établissements, comme les « cellules d’écoute » dans les académies, les partenariats avec des associations (Fil Santé Jeunes, Nightline), ou encore les heures dédiées au bien-être dans certains emplois du temps. Des psychologues scolaires sont également présents dans les collèges et lycées, mais leur nombre reste insuffisant selon les syndicats.
Elles peuvent solliciter l’infirmière scolaire ou le médecin de l’Éducation nationale, qui évalueront la situation. En cas de refus ou de négligence de l’établissement, elles ont la possibilité de saisir la médiatrice académique ou nationale, comme l’explique le rapport de Catherine Becchetti-Bizot. Un certificat médical peut aussi appuyer leur demande.