Alors que le cadre réglementaire européen des cryptomonnaies s’affine avec l’entrée en vigueur progressive du règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets), les acteurs du secteur doivent s’adapter pour continuer à opérer légalement sur le continent. Selon Cryptoast, la plateforme d’échange Kraken serait en passe de franchir une nouvelle étape en visant l’obtention d’une licence bancaire au sein de l’Union européenne, une première pour un exchange crypto.
Ce qu'il faut retenir
- Kraken serait en discussion pour obtenir une licence bancaire lituanienne, un processus actuellement confidentiel selon le régulateur local
- Si aboutie, cette licence ferait de Kraken le premier exchange crypto à disposer d’un tel statut dans l’UE, rejoignant des fintechs comme Revolut qui détient déjà une licence similaire en Lituanie depuis 2018
- Cette stratégie s’inscrit dans une ambition plus large : proposer des comptes courants, des prêts et des services de courtage en actions dans toute la zone EEE
- Kraken a déjà obtenu en mars 2026 un statut bancaire aux États-Unis, devenant la première plateforme crypto à accéder au système de paiement américain
- Arjun Sethi, PDG de Kraken, a confirmé cette orientation lors du Money20/20 Europe début juin 2026, évoquant une volonté d’obtenir des licences « en rachetant ou en créant de nouvelles entités » selon les régions
Une adaptation aux nouvelles règles européennes
L’obligation pour les plateformes crypto de disposer d’un agrément MiCA avant fin juin 2026 a poussé certains acteurs, comme Binance, à quitter le marché européen faute de conformité. Dans ce contexte, Kraken mise sur une stratégie inverse : renforcer sa légitimité en obtenant des licences supplémentaires. Selon CoinDesk, relayé par Cryptoast, la branche européenne de l’exchange serait en négociation avec les autorités lituaniennes pour décrocher une licence bancaire.
Cette démarche n’est pas anodine : la Lituanie est l’un des rares pays de l’UE à avoir déjà attribué des licences bancaires à des fintechs, comme Revolut, qui propose depuis 2018 des services bancaires classiques (comptes, cartes, crédits) aux résidents européens. Une licence bancaire permettrait à Kraken de diversifier son offre bien au-delà des échanges de cryptomonnaies, en s’adressant directement aux particuliers comme aux entreprises.
Une stratégie déjà éprouvée aux États-Unis
Kraken ne part pas de zéro dans cette quête réglementaire. Aux États-Unis, la plateforme a obtenu en 2020 un statut bancaire dans l’État du Wyoming, lui permettant d’accéder en mars 2026 au système de paiement américain en tant que première « banque crypto » nationale. Cette expérience a probablement servi de modèle pour sa stratégie en Europe.
« Le plan pour les dix prochaines années consiste à obtenir toutes ces licences, soit en rachetant une entreprise existante, soit en créant une nouvelle entité dans chaque région et en repartant de zéro. »
Ces propos ont été tenus par Arjun Sethi, directeur général de Kraken, lors du Money20/20 Europe début juin 2026 à Amsterdam. Le PDG a souligné la nécessité de s’adapter aux exigences locales, tout en capitalisant sur l’expertise acquise sur d’autres marchés.
Quels avantages concrets pour les utilisateurs ?
Si Kraken obtient cette licence bancaire européenne, les utilisateurs pourraient bénéficier de services inédits dans le secteur crypto. Selon les informations de CoinDesk, l’exchange pourrait proposer des comptes courants, des prêts garantis par des cryptomonnaies ou encore des services de courtage en actions, le tout sous le même toit. Autant dire que la frontière entre finance traditionnelle et crypto s’effacerait encore davantage, offrant aux clients une expérience plus intégrée.
Cette diversification répond aussi à une demande croissante des utilisateurs pour des solutions hybrides, entre placements spéculatifs et services financiers classiques. Pour l’exchange, c’est aussi une opportunité de fidéliser sa clientèle en lui proposant des produits plus stables et régulés, tout en générant de nouveaux revenus grâce aux frais bancaires et aux crédits.
Quoi qu’il en soit, cette initiative de Kraken illustre une tendance de fond : l’intégration progressive des plateformes crypto dans le système financier traditionnel. Avec le règlement MiCA qui encadre désormais le marché, les acteurs doivent choisir entre se conformer aux règles ou quitter l’Europe. Kraken mise clairement sur la première option, avec l’ambition affichée de devenir un acteur bancaire à part entière sur le Vieux Continent.
Un pari risqué, mais porteur ?
Obtenir une licence bancaire en Europe n’est pas une formalité. Les coûts de conformité, les exigences en capital et la surveillance accrue des régulateurs pourraient freiner l’expansion de Kraken. Pourtant, le jeu en vaut peut-être la chandelle : en combinant services crypto et bancaires, l’exchange pourrait capter une part plus large du marché des actifs numériques, tout en rassurant les régulateurs par sa transparence.
Reste à voir si d’autres acteurs suivront cette voie. Pour l’heure, Kraken avance ses pions avec prudence, tout en affichant une ambition claire : devenir le premier exchange crypto à obtenir une licence bancaire européenne. Une stratégie qui, si elle aboutit, pourrait redéfinir les règles du jeu dans l’écosystème crypto.
Une licence bancaire permettrait à Kraken de proposer des services financiers classiques (comptes courants, prêts, crédits) en plus de ses activités d’échange de cryptomonnaies. Cela renforcerait sa légitimité auprès des régulateurs, élargirait sa base de clients et diversifierait ses sources de revenus grâce aux frais bancaires et aux intérêts sur les prêts.
La Lituanie est l’un des rares pays de l’UE à avoir déjà attribué des licences bancaires à des fintechs, comme Revolut. Le régulateur lituanien est réputé pour sa réactivité dans l’octroi de ces licences, ce qui en fait une destination attractive pour les entreprises crypto souhaitant s’implanter en Europe. De plus, la Lituanie abrite déjà une partie des activités européennes de Kraken.